L’Androgyne naturel – mythe et réalité

 In Yoga

Tous les êtres humains sont à la recherche de l’état de plénitude par l’amour. Nous sommes heureux lorsqu’on a trouvé « notre moitié ». Mais qu’est-ce-qu’on cherche en fait? Est-ce cela une métaphore où une réalité tangible?

Dans presque toutes les traditions antiques il y a un mythe – le mythe de l’androgyne – selon lequel l’Homme primordial était comme Dieu, mâle et femelle en même temps mais, à cause de ses erreurs, il a « chuté », il s’est séparé et depuis il est condamné à continuer à rechercher sa moitié perdue.

Du grec andros (l’homme) et gyné (la femme), l’androgyne apparaît comme une figure de complétude. Selon Mircea Eliade, l’androgyne se manifeste par le « mystère de la totalité ». Comme tout mythe et toute figure archétypale, l’androgyne, à  travers les formes différentes qu’il peut revêtir, traduit un fond commun de la condition humaine: rêve compensatoire des humains devant les difficultés de la sexualité  et de la relation à l’autre sexe; ou représentation de ce qui pour l’homme serait à accomplir: intégrer si faire se peut ce qui se présente sous le signe «  et homme et femme » ( Marie-Claire Eskinazi).

On peut mieux comprendre la signification centrale du mythe de l’androgyne en tant que lien symbolique par excellence de l’identité originaire du féminin et masculin (donc de la Nature et de l’Esprit, de l’inconscient et du conscient), si on rappelle l’autre qui lui est consubstantiel: le mythe de la chute. Celui-ci met en scène avec la différenciation sexuelle, la constitution de la polarité et de la naissance de la conscience.

Le symbole de l’androgyne nous révèle donc « une profonde insatisfaction de l’homme, de sa situation naturelle, de ce que l’on appelle la condition humaine. L’homme se sent déchiré et séparé » (M.Eliade)

D’un certain point de vue, on peut dire que le mythe de l’androgyne « trahit la nostalgie d’un état paradoxal dans lequel les contraints coexistent sans pourtant s’affronter et où les multiplicités composent des aspects d’une mystérieuse unité »

(M. Eliade).

D’une façon très générale, l’Être primordial se manifeste comme androgyne antérieurement à sa séparation en deux moitiés, mâle et femelle. Platon a rappelé le mythe de l’androgyne dans le « Banquet »: L’androgyne apparaît comme un signe de totalité, de plénitude, de fécondité, de création… L’union du masculin et de féminin, du haut et du bas, du céleste et du terrestre comporte aussi l’union de l’extérieur et de l’intérieur, de dehors et du dedans.

Selon le mythe de la Genèse, selon lequel Eve est née d’une « cote » d’Adam (l’état androgyne) signifie que le tout humain était indifférencié à l’origine. L’Adam primordial devient Adam et Eve.

De citer un texte de « L’Evangile de Thomas » qui possède le privilège de rassembler plusieurs symboles: «  … Lorsque vous ferez  des deux (êtres) qu’un et que vous ferez le dedans comme le dehors et le haut comme le bas. Et si vous faites le mâle et la femelle en un seul afin que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle alors vous entrerez dans le Royaume de Dieu.» (PUEE, 17-18).

Nous trouvons aussi des traces de l’androgyne chez Adonis, Dyonisos ou Cybèle. Au Japon, Izanogi et Izanami, en Chine, Yin et Yang, en Inde, Shiva, divinité androgyne (Ardhanarishvara), le principe transcendant étant  représenté en enlaçant sa shakti, sa propre puissance figurée en divinité féminine. Dans l’alchimie, La Pierre Philosophale est appelée « Rebis » – l’être double… ou l’androgyne hermétique qui est autant Soleil que Lune.

Les symboles cités font référence non seulement à l’androgyne primordial, mais aussi au retour final à cette unité originaire. L’histoire de l’humanité commence, comme dans tous les textes de genèse, par une séparation. Au commencement, l’homme a été séparé en deux moitiés distinctes. Nous sommes depuis possédés par ce mystérieux désir de rapprochement d’où vient la jouissance, qui exprime la jouissance de la Nature en nous. Pour une raison inconnue et mystérieuse, la Nature a fait la vie en deux camps qui pour vivre et jouir, manifestent une ardente nécessité de se rencontrer (nous-même avec l’autre).

Finalement, on peut définir l’androgynie – l’unité de « l’homme » et de  « la femme », « masculin » et « féminin » – comme un symbole de l’identité complète, ce qui peut impliquer la manifestation des aspects à l’intérieur d’un individu ou bien la relation entre deux personnes de sexe opposé ainsi que l’unité du  cosmos, à savoir l’unité avec Dieu. L’androgynie est présenté de deux façons:

-l’unité se trouve dans une réalisation mutuelle des hommes et des femmes

-l’unité se trouve dans une dissolution du masculin et du féminin comme un tout unitaire.

Nous pouvons dire donc, que l’androgynie est un état  divin primordial qui doit être retrouvé. Le but de l’existence humaine est de retrouver cet état androgynal divin à travers  l’amour frénétique, et se réintégrer de cette façon dans le Royaume de Dieu le Père.

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